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Sémic : Interview Rasmus & Yéyé
Quand j'ai reçu ce mail de Rasmus, je dois avouer que je n'y croyais pas. Il me demandait une interview et j'ai aussitôt pensé à un gag. Ma réponse en ce sens l'a un petit peu échauffé et je me suis résolu à le rencontrer. On s'est donné rendez-vous dans un troquet du boulevard St Michel à Paris. Quand j'ai vu débouler Yéyé, la casquette de rappeur vissée à l'envers avec son tee-shirt NTM et Rasmus, mal rasé, mal coiffé, un pull à col roulé sur les épaules et un pantalon de velours côtelé tout froissé, je n'en revenais pas. Ausitôt attablés, Rasmus commanda un pastis, Yéyé et moi un café.

Pimpf? Vous avez l'air remonté, expliquez-nous la raison de votre colère.

Rasmus : Je suis sur la série Zembla depuis ses débuts en 1963 et voilà qu'on décide de m'évincer sans préavis. C'est inadmissible. Vous avez dû remarquer que Zembla faisait cavalier seul lors de l'épisode avec Mozam.
Yéyé : Mouais. Un poseur celui-là. A peine arrivé, il se la joue star. Il voulait Manuel Garcia aux pinceaux alors que nous, on n'a jamais moufté tout le temps où c'était Oneta. Bah ! C'était une autre période, maintenant, les p'tits jeunes n'ont plus aucun respect pour leurs aînés. Garcia lui a concocté un costard sur mesure. Le genre de fringues qui mettent en valeur ses abdos. Sans oublier Zembla, z'avez remarqué qu'il a changé de coiffure. Son coiffeur, y s'l'est payé avec les économies faîtes sur nos salaires. Y'a pas à chiquer !
Yéyé par Fred Grivaud
Pimpf? Excusez-moi, mais Yéyé ne parle plus comme les pubs de banania des années cinquante ?

Yéyé : Faut pas déconner ! C'était un rôle de composition, je suis quand même agrégé de math à l'université d'Heidelberg. Pendant près de 40 ans, je parle comme un analphabète et du coup, on en déduit que je suis lobotomisé. Décidemment, les journalistes des PF sont aussi crétins que les autres. Si ça se trouve, il pense aussi que tu te trimballes en permanence avec ta tenue de Mandrake, Rasmus !
Rasmus : Ca ne me surprendrait pas, effectivement.

Pimpf? Vous ne portez pas de smoking ?

Yéyé : Tu vois ? Je t'avais dit qu'on avait affaire à une andouille. On aurait mieux fait d'aller voir Gala, au moins leur attaché de presse sont un peu plus bandantes que cet imbécile.
Rasmus : Certes, mais on n'était pas assez people pour eux. Et puis, à cette période, si tu n'es pas à St Trop, tu n'existes pas.

Rasmus par Fred Grivaud

Pimpf? Pouvez-vous nous expliquer comment on en est arrivé là ?

Yéyé : Tu vois, finalement, si on le secoue un peu, sa cervelle se remet en route.
Rasmus : En 1963, on habitait à Lyon et on bossait pour Marcel Navarro et Augusto Pedrazza pour concurrencer Akim qui venait d'arriver en France.
Yéyé : Akim, l'autre mou du slip léopard ! J'en ris encore !
Rasmus : Cesse de m'interrompre Yéyé. Rapidement, Pedrazza retourne à la concurrence et on nous refile Oneta. Ce n'était certainement pas le plus doué de sa génération, mais il avait le sens de la fidélité. Au fond, on l'aimait bien Franco. Au début, ça carburait bien, on bossait comme des fous, un épisode par mois, puis deux, on était les maîtres du monde. Un petite baston avec Satanas ou Pétoulet, quelques tours de magie raté à la bonne franquette. On s'est vraiment bien marré. Puis vint le temps où Lug alterna les rééditions et les inédits. Ca sentait déjà la restriction de budget. On a bien râlé un peu, mais on a vite deviné que notre place était en jeu, alors on n'a rien dit. Quand Lug a décidé d'arrêter les nouveaux épisodes, on était effondré.

Yéyé : Satanas a fait une grosse déprime, il voulait plus rien bouffer.
Rasmus : Pétoulet a bien tenté de se recycler dans la boxe, mais il a fait la même carrière que Mickey Rourke et c'était pas beau à voir. Quand à Bwana, il a enchaîné cure de sommeil sur cure de sommeil. En vingt ans, il n'a dû être éveillé que trois semaines !

Pimpf? Finalement, la nouvelle équipe Sémic a relancé votre carrière.

Yéyé : Ouais ! On y a cru aussi, mais on s'est bien fait niqué dans cette histoire !
Rasmus : Ils ont été malin, ils ont d'abord mis sur le coup Chris Malgrain. Il nous a bichonné et pour m'amadouer il m'a donné la vedette. Une première ! Je n'en revenais pas ! J'étais redevenu le Roi du Pétrole. Je me voyais déjà en haut de l'affiche, mais j'ai vite déchanté quand Jean-Marc Lainé est arrivé. Il ne nous aimait pas et il a préféré embauché Ozark, un vieil indien loser qui avait aussi travaillé avec Oneta. Il a fait un duo avec Zembla et nous, on est passé à la trappe !
Yéyé : Encore un qui se la joue mystique, mais il ne m'impressionne pas avec ses effets spéciaux à deux balles. La prochaine fois, je fais un croche-patte à son cheval et on verra bien s'il fait le mariole.
Rasmus : Ne t'emporte pas Yéyé, tu ne penses pas ce que tu dis. Quand le duo espagnol est arrivé pour tourner le 3ème épisode, on était heureux on revenait dans le team, mais on a encore été confiné à la portion congrue. Il faut dire que dans les bagarres, le beau rôle, c'est toujours pour Zembla. Ils ne veulent pas me croire chez Sémic que j'ai un uppercut meurtrier. Pour finir, l'épisode avec Manuel Garcia nous a achevé. Le réalisateur : Jefferson Martin London est carrément venu nous dire qu'il n'avait plus besoin de nous.
Yéyé : Si je le chope celui-là, j'en fais des boutons de manchette. 38 ans à porter ce casque MP et ce réveil à la con. En plus ça pèse une tonne ces accessoires ! Depuis le temps, il aurait pû m'acheter un radio-réveil ces radins !

Pimpf ? Et maintenant, qu'est-ce que vous voulez ?
Yéyé : Du boulot, bordel ! Sans nous, il serait devenu quoi le géant à bouclettes. Parce que faut pas compter sur lui pour interpréter un rôle avec finesse. En dehors des bastons, Zembla c'est quand même une buse, faut dire ce qu'y est !
Rasmus : Tu exagères Yéyé. Zembla est notre ami et ce n'est pas parce que son jeu d'acteur est limité au registre de la bagarre qu'il faut l'accabler. Il fait très bien la cuisine aussi.
Yéyé : Mouais ! En attendant, lui il a encore du taf et pas nous ! Lui, il roule en Ferrari et nous, on prend le métro !
Rasmus : En fait, nous souhaiterions réintégrer l'équipe, et si possible pas seulement dans des rôles de figurants, sinon nous allons lancer notre propre série et ça risque fort de cartonner "Les aventures de Rasmus et Yéyé". C'est le titre du projet. C'est accrocheur, non ? Dans ce cadre, je m'achèterai un smoking moins serré, car depuis 38 ans, je m'astreins à un régime draconien pour rentrer dans leur habit étriqué. On embaucherait aussi Pétoulet et Bawana.
Yéyé par Fred Grivaud
Yéyé : Et Satanas, il pue le fuel ?
Rasmus : Bon, Satanas aussi, s'il promet de ne plus me mordre le postérieur, mais "Les aventures de Rasmus, Yéyé, Pétoulet, Bawana et Satanas", c'est quand même un peu moins vendeur...

Pimpf? Je vous remercie pour votre témoignage.

Quand je les ai vu s'éloigner, Rasmus avait sans doute trop bu. Sa démarche imitait l'Alpe-d'Huez et ses 21 lacets. Yéyé tentait bien de le soutenir, mais ses 130 centimètres n'était pas à la hauteur. Il y avait quelque chose de pathétique dans ce duo, mais diablement touchant. Oui, diablement touchant.

J'ai bien peur qu'on ne les voit plus beaucoup...

D. Vallet


© Pimpf? le 19/07/2001. Proposer un site