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Interview : Olivier et Stéphane Peru
J'ai découvert le travail des frères Peru comme tout le monde à l'occasion du retour de Gallix et des colorisations des couvertures, jusqu'au jour où ils m'ont contacté par email parce qu'ils appréciaient le site. J'ai sauté sur l'occasion pour leur demander cette interview. Ils ont tout de suite accepté.

Pimpf? On sait par Sémic que vous êtes frères et ils vous présentent comme quasiment interchangeables. Pouvez-vous nous expliquer qui fait quoi dans ce duo ?

Olivier : je dessine, j’encre et je fais le café. Cependant,  Steph n’hésite pas à me faire gommer certaines cases et à les redessiner lui même lorsqu’on est pas d’accord sur des cadrages ou des poses. C’est très utile de fonctionner comme ça, car le regard direct de Steph qu’il soit antagoniste ou complémentaire  m’oblige à ne pas m’enfermer dans un dessin facile. Au final une planche dessinée est le résultat amalgamé de nos deux visions.
Stéphane : Je m’occupe plus particulièrement de la mise en couleurs. Ce qui n’empêche pas Olivier d’être là à chaque étape et de me donner son opinion vis à vis de telle couleur ou de tel effet et d’effectuer des   modifications quand j’ai le dos tourné. De même que pour le dessin, on confronte nos idées, on fait des essais jusqu’à arriver au meilleur boulot possible.                                                                                                                                          
En gros, ce qui est  dessiné ou mis en couleur est toujours le fruit d’un travail commun puisqu’on intervient sans cesse l’un et l’autre sur ce que l’on fait.

Pimpf? Avant d'intégrer Sémic, quel a été votre parcours graphique ?

Erkar Vu qu’on est pas très âgés, 23 et 20 ans, On en est vraiment qu’à nos débuts. On a bien obtenu quelques diplômes qui ne servent à rien mais notre parcours jusque là pourrait être comparé à une ligne droite tracée par des heures de travail en solo, une dévorante passion pour la BD et une motivation inébranlable. On doit quand même avouer que notre premier pas dans le milieu est une BD de 44 pages que nous avions réalisé il y a 6 ans et que nous avions envoyé à quasiment tous les gros éditeurs. La naïveté  et les lacunes de notre travail ( on n’avait que 18 et 15 ans ) n’ont pas échappé aux éditeurs qui nous ont gratifié d’un gentil refus, ce qui était normal et couru d’avance. Loin de nous décourager cette claque nous a fait réfléchir sur nos dessins et nous a poussé à faire mieux. Depuis, on a travaillé notre style des années à l’écart du milieu de la BD et en décembre dernier quand on a appris que Semic compter relancer Fantask, on s’est dit qu’il était temps de se jeter à l’eau. On a alors fait le forcing auprès de Thierry Mornet et Jean-Marc Lofficier (on leur donnait du Monsieur, à l’époque). On leur a envoyé 3 histoires courtes réalisées courant janvier pour leur montrer ce dont nous étions capables et on attaquait Gallix le lendemain. Voilà on venait de poser la première pierre d’un parcours d’autodidactes motivés et au début du chemin. 

Pimpf? On vous a vu travailler sur des scénarios de JM Lofficier ainsi que sur vos propres textes, qu'est-ce que vous préférez ?

A l’heure actuelle et en ce qui concerne les projets relatifs au Semicverse, on préfère travailler sur des scénarios de Jean-Marc. Il est en train, avec Jim Lainé et Thierry Mornet, de rendre cohérent un univers de héros  qui à l’origine ne pouvaient pas cohabiter sans que la logique de leur monde respectif soit conservée. Il établit des rapports par le temps et les dimensions entre tous les personnages Semic qu’il nous serait difficile de ne pas corrompre avec nos idées. Et puis il n’a pas son pareil pour mêler des personnages de tous les horizons dans les situations les plus rocambolesques. De plus, dessiner avec lui nous oblige à réaliser des choses qu’on l’on aurait pas envisagé auparavant. Nous avons beaucoup progressé ces derniers temps et nous lui devons nos progrès, il nous a beaucoup aidé par ses conseils avisés et nous a toujours encouragé. C’est pourquoi, quand il nous propose quelque chose, on dit oui les yeux fermés. 
Sinon, on aime aussi prendre le temps de travailler sur nos propres scripts. Ca nous permet d’expérimenter graphiquement des choses plus personnelles. Et puis, il  faut dire que nos cartons à dessins débordent d’idées qu’on a  pas envie de voir croupir dans l’ombre.

Pimpf? Vous avez dessiné 2 épisodes de Gallix, cette série est-elle déjà terminée ? Si ce n'est pas le cas, allez-vous continuer de la dessiner ?

La série Gallix  est bel et bien terminée, les 2 épisodes que nous avons réalisés servaient à ramener le personnage sous les feux de l’actualité pour  qu’il prenne place dans la trame du Semicverse.  Il devrait ensuite croiser la route de Wampus, mais c’est une autre histoire !

Pimpf? Quelles sont vos projets, que ce soit chez Sémic ou ailleurs ?

On vient tout  juste de boucler 3 épisodes de Drago (originellement nommé Dago ) qui paraîtront en août dans le SP RODEO 171, et on attaque, toujours avec Jean-Marc Lofficier , le relaunch de Galaor, un personnage aux aventures épiques qui a connu une brève carrière dans Yuma. Ensuite, on va signer avec Jean-Marc Lainé une histoire courte, intitulée « les chiens de Melanos », qui s’inscrira dans l’univers de Zembla. Autrement, on  continue à mettre en couleurs certaines couvertures de pockets et divers projets avec Semic . On travaille aussi dans le domaine du Jeu de rôles en tant qu’illustrateurs et dans le dessin animé. Case de Drago en couleurs (Copyright Peru-Sémic 2001)
Case de Drago en couleurs (Copyright Peru-Sémic 2001)
Nous avons également quelques propositions pour faire des couleurs outre atlantique et  chez des éditeurs français. Beaucoup de boulot en perspective !

Pimpf? Quelles ont été ou sont toujours vos influences en matière de BD ?

Comme pour beaucoup d’auteurs de notre génération tout a commencé avec Strange. Aussi loin que remonte notre mémoire, on a toujours baigné dans le comics et ce avant même de savoir lire.  Nos  premiers émois de lecteurs  sont dûs aux X-men de Byrne et Claremont qui  resteront longtemps une inépuisable source d’inspiration et un modèle de perfection. Ensuite on peut dire que les aventures de Parker, des Fantastiques, des Jeunes Titans, de Conan et  de tant d’autres personnages de papier nous ont fait rêver pendant des années. Plus tard, nous avons découvert Aquablue de Cailleteau et Vatine, Akira, Gunm, les Watchmen , Camelot 3000, Tales from the crypt,  de véritables chefs d’œuvres qui nous ont énormément appris et nous ont permis d’élargir notre vision de la BD tant au niveau du dessin que de l’intrigue. Plus récemment, on doit avouer qu’on est des fans invétérés de la série Authority et des travaux de Denis Bajram.  Toutes les œuvres citées précédemment et celles qu’on oublie ont été notre école de dessin.  Notre style, si on peut se targuer d’en avoir un, est le produit de toutes ces lectures. Nous n’avons pas de maître à penser ou d’œuvre culte, juste des dizaines de BD qui constituent pour nous une partie de l’essence du 9éme art. 

Stormshadow
Copyright Peru-Sémic 2001
Pimpf? Vous travaillez essentiellement pour les pockets, êtes-vous "clients" de ce genre de BD ? Qu'en pensez-vous ?

En toute honnêteté, on ne s’intéresse aux pockets que depuis peu. On a lu un grand nombre d’aventures de Martin Mystère ou de Dylan Dog à l’époque de Lug ou dans les diverses éditions qui les avaient consacrés, mais nous ne nous étions jamais vraiment penchés sur les aventures de Tex, Blek ou Zembla . Puis le fait de travailler avec Semic nous a poussé à nous intéresser à ces héros. Aujourd’hui, on lit le petit Duc, Zagor , Martin Mystère bien sûr, et certaines aventures de Tex et Zembla avec un grand plaisir. Ces personnages sont pour la plupart plus vieux que nous et même si ils ont un petit coté passé de mode ils n’en conservent pas moins le charme du spiderman de Dikto ou des vengeurs de Kirby.  De plus, certaines séries fourmillent d’idées et d’ambiances différentes. Il y a beaucoup à apprendre des Pockets, en particulier pour les jeunes dessinateurs que nous sommes. Quand on voit les dessins de Claudio Villa ou Devi, on ne peut être qu’admiratif. Et puis 15 FF pour une centaine de pages de BD, c’est pas cher payé. Donc, oui, on est devenu de fervents consommateurs de pockets et on n’en pense que du bien.
Pimpf? Qu'est-ce qui vous énerve chez votre frère ? Qu'est-ce que vous lui enviez ?

Olivier :   Ce qui m’ennuie chez  Steph, c’est sa manie du rangement. Il peut pas s’empêcher de mettre de l’ordre dans mon bordel organisé, ce qui fait que je ne trouve plus rien quand c’est rangé. Avec lui les choses doivent être  à leur place alors que pour moi les objets et bouquins trouvent leur place là ou on les pose, faut dire que j’en pose beaucoup. Ce que je lui envie c’est sa capacité à se mettre  rapidement au boulot. Il est opérationnel à n’importe quelle heure, couché à 4 heures du matin, au bureau à 8 heures, il attaque n’importe quand. Déjà qu’on dort pas beaucoup, c’est fatiguant de le voir en forme après une nuit blanche.
Stéphane : Ce qui m’énerve le plus ?  Le désordre ambiant qu’il met dans la pièce ou l’on travaille. Il est parfois difficile d’accéder au bureau quand il faut zigzaguer sur un tapis de comics, sauter par dessus la machine au café tout en évitant quelques planches originales qui traînent dans le coin. On travaille dans une petite pièce, très bien en hiver, moins bon en été. Le coté le plus pratique étant quand même de se passer les objets sans se lever, on n’a qu’à tendre le bras. Ce que je lui envie, c’est sa facilité à construire des univers, des ambiances. Je pense qu’il y a très peu de dessinateurs qui arrive à un niveau de création aussi poussé sans recherche ni documentation. Alors attention, quand on sort la doc, c’est pas pour rigoler.

Pimpf? Utilisez vous internet en général et le site Pimpf en particulier ? Avez-vous votre propre site ?

Non, nous n’avons pas encore notre propre site mais c’est une question à l’étude et oui, on utilise beaucoup internet. On a un ordinateur connecté quasiment en permanence pour travailler à distance. On habite Montpellier, Le staff Semic est à Paris et Jean-Marc à Los Angeles. Imaginez la facture de téléphone si on se passait d’ internet. Sinon il est vrai qu’on se sert aussi de ce fabuleux medium pour se renseigner sur des tas de sujets qui touchent à la BD et aux thèmes qui nous intéressent.  Le site Pimpf fait parti de nos favoris pour deux raisons. Primo, il est, à notre connaissance, un des rares zines online à chroniquer avec rigueur et régularité les pockets. Secundo, la qualité ainsi que la diversité des chroniques ou interviews proposées  constituent l’actualité dont seraient privés les pockets sans un site comme pimpf. D’ailleurs on profite de cet entretien pour féliciter toute l’équipe du site .

Longue vie à la BD, ses fans et ses auteurs !!!

Olivier et Stephane.

Merci encore pour votre gentillesse et votre disponibilité.

Projet de BD
Dominik Vallet


© Pimpf? le 27/08/2001. Proposer un site