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Sémic : Entretien avec Alex Nikolavitch

J'ai contacté Alex Nikolavitch par son site internet en lui proposant une interview. Il a accepté gentiment et j'ai à peine eu le temps de lui envoyer les questions que les réponses arrivaient dans ma boîte aux lettres.



Pimpf? Scénariste de BD ayant publié un album à la Cafetière avec Fred Grivaud, un album chez Soleil avec Toni Fejzula (Spiro Anaconda), scénarisé le Spawn made in France, on vous connait surtout chez Pimpf grâce à Bernie l'homme à la guitare et quelques petites histoires courtes parues chez Sémic. Alors même si c'est la sempiternelle question qu'on vous a posé 10 000 fois, pouvez-vous nous parler de votre parcours BD ?

Un parcours un peu erratique, allant du fanzinat au rédactionnel sous toutes ses formes, en passant par la traduction, la collecte de documentation pour d'autres auteurs, etc....

Pimpf? Pour vous, les pockets, ça représente quoi ? En lisiez-vous quand vous étiez gamin ?
J'en lisais pas mal, que j'achetais souvent par paquet sur les marchés. À l'époque, je lisais beaucoup Blek, Zagor et Mister No. Plus des pockets Artima de SF, genre Big Boss.

Pimpf? On apprend sur votre site que Bernie s'arrête, pouvez-vous nous en dire plus sur le sujet ? Vous reverra-t-on dans les pockets ?
Sur l'arrêt de Bernie, il y a la conjonction de plusieurs facteurs : Ronaldo Graça, le dessinateur, a des projets polar qu'il compte développer en album.
Semic connait un engorgement en termes de création : il y a pas mal de matériel d'avance, et il devient difficile de trouver de la place pour cette série irrégulière dans sa réalisation et son nombre de page par épisode. Il n'est pas forcément évident de renouveler une série dont le concept est cadré à ce point (la structure narrateur/public/histoire-dans-l'histoire).
Donc on a arrêté pour l'instant, en trouvant une "fin" un peu sympa. Mais rien n'interdit, le jour où nous aurons des idées, du temps et de la place, d'en refaire quelques épisodes.

Pimpf? Toujours sur Bernie, y aura-t-il un album réunissant les différents épisodes ?
Il en est question. Ça va principalement dépendre des ventes de Darkhold et de Homicron, pour voir si le format est viable.

Pimpf? Vous avez travaillé avec Fred Grivaud, Toni Fejzula, Jim Lainé, Aleksi Briclot, Gaèle Luc. Comment travaillez-vous avec les dessinateurs ? Avec qui avez-vous préféré bosser ?
Ça correspond à chaque fois à une expérience différente, à des manières différentes de penser l'image et la BD, à des tempéraments différents. Certains dessinateurs donnent toute leur mesure quand on leur lâche la bride, d'autres sont meilleurs quand on est plus directif, et les histoires doivent coller à leur "tempérament" graphique. Après, la question de savoir qui j'ai préféré... Ce sont tous des amis, et j'adore bosser avec eux.




Pimpf? On vous connait surtout pour des histoires sérieuses, voires graves et pourtant dans vos projets annoncés sur le site, on peut en compter au moins deux qui sont nettement humoristiques. Alex Nikolavitch souffrirait-il d'un dédoublement de la personnalité ? ;o) Plus sérieusement, qu'est-ce qui vous a poussé dans la voie de l'humour, un genre parfois décrié ?
C'est une question d'adéquation des moyens. Quand je raconte une histoire abordant des sujets sérieux, je le fais sérieusement. Quand je fais une histoire "pour la déconne", alors j'y vais à fond aussi. Ceux qui me connaissent savent que je peux passer de l'un à l'autre assez facilement. Je peux disserter philosophie, géopolitique ou cosmologie pendant des heures, puis me lancer dans des concours de calembours vaseux. C'est une question d'humeur, quelque part. Parfois j'ai envie de faire des trucs sérieux, profonds, métaphysiques... Et parfois j'ai envie de faire rire les gens. Notons que Bernie se situe à la croisée des chemins : des histoires parfois d'une noirceur totale, racontées sur le ton d'un gag de fin de soirée.

Pimpf? Sur votre site, on peut lire une chronique quotidienne intitulée "War Zone" ? D'où est venu l'idée ? Avez-vous eu des réactions ?
La War Zone était à l'origine une rubrique que je tenais dans un fanzine (Heroes, pour ne pas le nommer) et me servait de champ de tir face aux comics qui m'agaçaient. C'était le plaisir de la méchanceté gratuite. J'ai toujours conservé une certaine nostalgie pour cette expérience (qui était appréciée des lecteurs, qui plus est) et un beau jour, je me suis dit qu'une tribune quotidienne me permettrait de décharger ma bile à peu de frais. Qui plus est, il y a une part "exercice d'écriture". ça m'astreint à écrire tous les jours, en tentant de trouver quelque chose à dire sur n'importe quoi, tout en faisant mon possible pour me renouveler. J'ai assez souvent des réactions venant des quelques dizaines de lecteurs réguliers de la chose. Mais c'est quelque chose à ne prendre au sérieux sous aucune prétexte. C'est un festival de mauvaise foi crasse, de gros délire nombriliste et de vision du monde particulièrement biaisée et décadente. C'est un gros défouloir. Comme en plus ça fait marrer les gens, autant continuer. Ça fait du bien de rire, quitte à rire de choses pas drôles du tout par elles-mêmes.

Pimpf? On sent dans vos histoires une certain attirance pour la SF. Quelles sont vos références en la matière ?
La SF est la seule forme d'expression qui permette de parler du monde tel qu'il est. Notre monde est fait de satellites, de génie génétique, d'ordinateurs, de réalités virtuelles, d'empires planétaires, etc.... Je ne crois pas qu'on puisse en parler sérieusement sans employer les armes de la SF et de la prospective. La SF est le seul moyen qu'on aie de ne pas être dépassé par le progrès : l'internet et ses virus ont été décrits par John Brunner vers 1974. L'émergence d'empire financiers à l'échelle planétaire par Philip K. Dick et quelques autres dans les années 60. La société de l'information/spectacle pas Norman Spinrad vers 1970... Et le retour des Jihads par Frank Herbert dans les années 60. Faire entrer tout cela par avance dans le champ des possibles, ça évite d'être assommé par l'actualité. Ça permet d'attraper le futur à la volée, au moment précis où il envahit le présent.



Pimpf? Vous avez eu un long parcours dans le fanzinat, qu'en avez-vous retiré ? Quels en sont les défauts ?
Le fanzinat, c'est un laboratoire formidable. Ça permet d'essayer pas mal de choses, quitte à se planter, sans coûter 30 briques à son éditeur. on peut comme ça apprendre le métier sans être directement aux prises avec les réalités économiques de l'édition pro.
Le défaut, c'est que ça ne remplit pas le frigo.

Pimpf? Vous avez écrit des scénarios pour les pockets, la BD franco-belges et les comics, qu'est-ce qui vous intéresse le plus ?
Ça correspond à chaque fois à des défis différents. On ne raconte pas la même chose en 6 ou 12 pages format 13x18, en 4 fois 46 pages format franco-belge, ou 2 x 22 pages au format comics. En BD, le fond est quasi indissociable de la forme. Bernie en album franco-belge, ce ne serait sans doute pas très intéressant. Sous une forme plus ramassée, par contre, ça fonctionne très bien. Central Zéro au rythme de 6 ou 8 pages tous les deux mois dans Mustang, ce serait sans doute complètement différent. J'aurais calé le récit sur un rythme plus "construit", pour coller à la périodicité. Spawn : Simonie est sans doute à cheval entre tout ça, avec un format de page intermédiaire. Mais avait cette caractéristique de "figure imposée" qui amenait à écrire encore d'une façon différente, en jouant sur des personnages connus du lecteur. A chaque fois, c'est le même métier de scénariste qu'on exerce, mais selon des modalités complètement différentes.

Dominik Vallet


© Pimpf? le 07/09/2003. Proposer un site