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| News : Entretien avec Thierry Mornet |
Presque 3 ans après le premier entretien avec Thierry Mornet, nous l'interrogeons à nouveau, mais cette fois, les nouvelles sont moins bonnes. Il vient d'annoncer officiellement que Sémic cessait la publication des pockets à la fin de l'année. Nous désirions en savoir plus et Thierry nous a gentiment répondu.
Thierry Mornet : Avant de répondre à tes questions, je tenais à préciser une chose, à la suite de ma promenade sur le forum Pimpf! qui traite de l'arrêt des Pockets Semic. Dans l'ensemble je tiens à remercier les personnes qui reconnaissent l'ensemble du travail effectué depuis quelques années. Je tiens en revanche absolument à associer l'ensemble des membres de l'équipe Semic à ce travail. Prendre une décision, et montrer une direction ne valent rien si une équipe solide et soudée n'est pas présente derrière. Et Semic a l'avantage d'être cela : une équipe.
Pimpf? : Suite à l'annonce de l'arrêt des pockets Sémic,
tous les amateurs du genre voudraient en savoir plus. Peux-tu nous dire ce qui
a posé problème avec Bonelli ?
TM : En quelques mots et très simplement, nous avons reçu un courrier
signé de la main de Sergio Bonelli il y a quelques semaines, nous précisant
en substance que les Fumetti n'étaient plus ce qu'ils étaient. Le marché Italien
allant moins bien qu'il y a quelques années, il requiert d'autant plus son attention.
Les résultats en France, chez Semic en particulier, n'étant pas excellents d'une
part, et nos relations étant tendues avec l'agent de Bonelli (SAF) d'autre part,
cela l'amenait à souhaiter mettre fin au contrat entre nos deux sociétés. Comme
tu le vois, il s'agit simplement de la décision d'un responsable d'entreprise.
Et en tant que tel, il convient de la respecter. Je souhaite ajouter que j'ai
toujours eu des contacts très cordiaux avec Sergio Bonelli lui-même, et que
nos relations ont toujours été très courtoises. C'est un Grand Monsieur de l'édition,
dont je respecte le travail éditorial et créatif.
Les pockets étaient sous la barre des 4000 exemplaires vendus. À ce rythme,
personne ne peut tenir éternellement (...). La logique économique des Semic
Pockets tenait sur l'ensemble d'une ligne, et non produit par produit. De ce
fait (l'arrêt de la collaboration avec Bonelli), 3 Pockets sur 6 s'arrêtant,
"l'édifice" ne tenait plus. Les conditions du marché français (distribution
en kiosques, presse "malade" en général) ainsi que quelques soucis relationnels
rencontrés avec la société SAF, l'agent de Bonelli, ont visiblement amené Sergio
Bonelli a préférer ne plus avoir à gérer un dossier qui devenait problématique
pour lui. Il préfère se concentrer sur le marché Italien. Il assume en revanche
pleinement et personnellement la décision de ne pas renouveler le contrat qui
liait Semic à Bonelli, en dépit de notre passion et notre volonté de promouvoir
ses séries en France.
Pimpf? L'arrêt de l'accord avec Bonelli est un gros
coup dur, mais certaines revues (Spécial Zembla, Yuma) ne contenaient pas de
matériel de cet éditeur. N'était-il pas possible de les poursuivre ? Et pouquoi
?
TM : À la suite de cette décision de Sergio Bonelli - que nous subissons en
l'occurrence - notre direction a choisi de stopper la publication de l'ensemble
de la ligne, qui se justifiait encore jusqu'alors à condition que la cohérence
de la ligne soit maintenue. Sans le support des titres Bonelli, les autres Pockets,
isolés, n'avaient aucune chance de perdurer.
Pimpf ? : Nous savons tous qu'un éditeur n'est pas un
philanthrope, mais qu'en était-il vraiment de la santé des pockets ? Peut-on
savoir par exemple à combien s'étalonnaient les ventes et quelles revues se
vendaient le mieux ou le moins bien ?
TM : Comme je viens de le dire, la ligne se maintenait d'ores et déjà difficilement
par elle-même, et certains titres se vendaient légèrement mieux que d'autres.
Mais nous parlons de variations de quelques centaines d'exemplaires en plus
ou en moins d'un titre par rapport à l'autre. L'intérêt des Pockets - outre
leur exploitation purement économique - résidait ailleurs, dans leur valeur
en tant que "patrimoine" historique d'une part, et en tant que “plateforme de
formation et d'expression" pour de jeunes auteurs ou des auteurs n'aillant pas
les moyens de s'exprimer dans d'autres supports de BD.
Pimpf? : Que va-t-il advenir de l'équipe créatrice fédérée
par Sémic ? Quid de JM Lofficier, Chris Malgrain, Guy Dedecker, Patrick Dumas
etc. ? Toutes les BD déjà dessinées seront-elles publiées ? Et si ce n'est pas
le cas, que vont-elles devenir ? (je pense notamment à la jeunesse de Zembla
de Dandy-Oneta prévu pour mars prochain)
TM : Une bonne partie de ces personnes a déjà opéré sa reconversion sur d'autres
supports, soit chez nous, soit chez d'autres éditeurs. D'autres ne nous avaient
pas attendus pour être de grands professionnels (Pat Dumas, Corteggiani, Lofficier,
Norma, par exemple). Et puis, nous avons de nombreux projets en cours de réalisation
ou de développement avec beaucoup d'entre eux. On peut citer l'album King Kabur
par Mike Ratera (à paraître fin novembre), D. Exter par François Corteggiani
& Chris Malgrain, WitchBlade/Phenix par Lofficier et Stéphane Roux, Philippe
Vadaele et Karine Boccanfuso en novembre et Janvier, La Brigade Temporelle par
Timothy II & Karine, etc. Et encore, je ne cite ici que les projets les plus
avancés et les plus connus. En fait, l'arrêt des Pockets ne marque pas la fin
de la création chez Semic… Bien au contraire ! Nous allons même pouvoir nous
consacrer à d'autres projets avec de nombreux auteurs qui nous ont fait confiance.
C'est une fin en forme de redémarrage =:-)) Quant aux travaux pré-publiés dans
les pages des Pockets, nous sommes en train de travailler sur les meilleures
solutions possibles afin de reprendre au maximum ce que nous souhaitions faire
initialement, que cela soit en Collection LUG ou sous d'autres formats.
Pimpf? : Cet arrêt ne risque-t-il pas d'en provoquer
d'autres en cascade ? La collection Lug a-t-elle une chance de perdurer ? Les
projets d'albums issus de pockets comme King Kabur ou la Brigade Temporelle
sont-ils remis en cause ?
TM : Il est sans doute un peu tôt pour le dire avec certitude. Comme je le précisais
plus haut, nous y travaillons. Collection LUG (aux résultats mitigés) ou autres
formats… À voir… Quant aux albums King Kabur ou Brigade Temporelle, j'en ai
parlé plus haut, et ils ne sont pas remis en cause. bien au contraire. C'est
notamment une des voies pour que perdurent des personnages de la BD populaire.
Pimpf? : Dernière question : En regardant en arrière,
de quoi es-tu le plus fier et as-tu quelques regrets ?
Des regrets jamais… Si ce n'est l'impression "sourde" que l'on peut n'en a pas
fait assez. Mais c'est fugitif. Ce dont je suis le plus fier au sujet des Pockets
? De deux choses : - D'être parvenu à fédérer une véritable équipe de collaborateurs
extraordinaires d'une part (la Semic Team), et d'auteurs d'autre part qui sont
devenus pour beaucoup de vrais amis… Et de voir leur talent s'épanouir dans
un domaine qu'ils aiment. - D'avoir permis au support Petit Format de connaître
une nouvelle jeunesse, alors que tout le monde prédisait qu'ils ne passeraient
pas l'an 2000. Pas si mal après tout =:-)) Mais j'ai horreur de l'auto-satisfaction,
et ce sont surtout les projets à venir qui me passionnent. Et de ce côté là,
vous n'avez pas fini d'entendre parler de nous ! À très bientôt ! Bien amicalement
à tous les lecteurs de Pockets.
Thierry
PS : Je souhaitais dire, c'est que les personnages de BD populaire, en particulier ceux exploités chez Semic ne vont pas pour autant disparaître. Ils vont évolués, vivre différemment. En 5 années, on pourra au moins nous accorder une certaine capacité à rebondir, et les semaines qui viennent pourraient amener des nouveautés, qui ont des chances de séduire les amateurs de PF.
Encore merci pour les réponses et surtout pour ces 4
ans de bonheur !
D. Vallet
© Pimpf ! le 19/09/2003. Proposer un site