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Souvenirs des Fantastiques

Lorsque je suis passé dans mon comics shop habituel, je prenais ma pile de comics mise de côté, mais j'avais envie de revoir des héros de mon adolescence.

J'avais pris un X-MEN puis un FANTASTIC FOUR. Je ne lisais plus de FANTASTIC FOUR (Les 4 Fantastiques, en français, ou FF en bref) depuis quelque temps, sauf un numéro de temps en temps. Le #532 que j'avais pris, ben je l'avais lu en fait deux fois. Nous vivons dans une époque de consommation, et les films, les chansons et les BD ressemblent de plus en plus à des biens de consommation, heureusement il y a quelques exceptions. FANTASTIC FOUR #532 en est une. Ecrit par Joseph Michael Straczynski et dessiné par Mike McKone, cet épisode des Quatre Fantastiques a réveillé certains bons souvenirs chez l'ancien Marvelophile que j'étais. Dans cet épisode, Reed Richards, qui doit apporter son expérience en matière de rayons cosmiques à une équipe scientifique, est entraîné par une entité de l'espace pour lui montrer l'origine de l'univers. Les images sont extraordinaires, les textes sont sublimes, et ce que Reed va voir va lui permettre de voir la vie différemment. Le lecteur aussi, je pense. Voici un extrait : "(...) parce que la version accélérée vous donne uniquement l'histoire. Ca ne vous donne pas les moments. L'histoire et les guerres sont écrits dans les livres. Les moments sont écrits dans le langage du cœur. Et quand vous sautez les pages... Vous manquez les parties importantes. Les seules parties ... qui sont vraiment importantes." Reed Richards (ou alors JM Straczynski à travers ce personnage) s'arrête sur ces moments de bonheur qui sont les plus importants. Son épouse, Sue. Sa famille. Son ami, Ben Grimm, qui mérite d'être heureux.. Et les dernières images montrant un Ben Grimm verser une larme sont vraiment inoubliables. JM Straczynski a dû être un lecteur des 4 Fantastiques, comme moi. Ces dernières images m'ont rappelé un excellent épisode réalisé par Stan Lee et Jack Kirby sur ce que Ben Grimm alias la Chose ressentait dans cette carapace de pierre. "Cet homme... ce monstre !", avec cette première page montrant une Chose au regard triste sous une pluie abondante (FANTASTIC FOUR #51 publié dans l'album LES FANTASTIQUES n°2). L'épisode datant de 1966 n'a pas vieilli : La Chose errant dans les rues en pleine dépression est accueilli par un homme qui s'avère être un scientifique méconnu et jaloux du succès de Reed Richards ; cet homme -dont on ne saura jamais le nom - se transforme en Chose à travers une expérience de "duplication" afin de se rapprocher de Richards pour l’éliminer ; mais, au contact de Richards qui effectue une expérience pouvant lui coûter la vie, il décida de modifier son projet de vengeance en un acte héroïque, lui qui a "l'occasion de pouvoir se racheter de ses saloperies" et qui a "appris ce que signifie avoir un ami".

Ben Grimm alias la Chose était un personnage bien fouillé : il était doté d'un sale caractère, supportait plus ou moins les plaisanteries de Johnny Storm alias la Torche Humaine ; mais, entouré de Reed Richards qu'il aimait parfois taquiner, et de Sue Richards qu'il appréciait, il avait sa famille.

Cette famille qui a subi des transformations à la suite de bombardements de rayons cosmiques lors d'un vol spatial. Benjamin Grimm est en fait un homme bon qui cachait le regard effrayé des autres et son désespoir derrière son humour et ses paroles où il aimait rappeler sa tante Petunia et le gang de Yancy Street, sûrement les tendres souvenirs de son enfance où il était "normal" et non un phénomène comme la Chose.

Même sa relation avec la sculptrice aveugle Alicia Masters avait quelque chose de merveilleux, le lecteur comprenait ses doutes ou partageait ses angoisses. Vraiment un personnage humain très proche de nous, comme Stan Lee a su en écrire.

La première fois que j'ai découvert les 4 Fantastiques, c'était à travers leurs albums que publiaient les éditions Lug.

Le premier album que j'avais acheté, c'était le n°16 "Panique à New-York", où je découvrais un scientifique pouvant étendre ses membres comme de l'élastique, une femme se rendre invisible et créer des champs de force, un jeune homme se transformer en torche humaine et un "monstre" à quatre doigts. C’était Les Fantastiques. Cet album regroupait quatre épisodes (FF #104 à 107) écrits par Stan Lee et dessinés par trois grands artistes : Jack Kirby, John Romita et John Buscema. Dans cet album, ce "monstre", qui s'appelait la Chose, m'avait fasciné. Mais aussi les autres membres. Surtout Reed (Red en v.f.) Richards avec son acharnement et sa sacrée volonté à aller jusqu'au bout pour rendre son meilleur ami, Benjamin Grimm alias la Chose, à nouveau humain. Le personnage de Red Richards m'avait donné envie de m'intéresser à la science et à l'univers.

Dans cet album, Red tente une dangereuse expérience pour tenter de restituer à Ben Grimm son humanité. L'expérience semble être une réussite, la Chose était redevenue le "humain" Ben Grimm, et celui-ci pouvait redevenir la Chose selon sa volonté.Mais, dans les prochains albums, cette expérience avait changé le comportement de Ben Grimm qui devenait arrogant avec Richards et les autres gens, voire dangereux... jusqu'à la bataille épique et spectaculaire avec un titan vert, HULK. Cet épisode publié dans l'album des Fantastiques n°18 (FF #112), je l'avais considéré comme l'un des meilleurs épisodes de bagarres entre super-héros. John Buscema, que j'ai su plus tard qu'il n'aimait pas trop dessiner les super-héros, avait réalisé un épisode époustouflant du début à la fin et tragique aussi. Inoubliable, cette dernière image où l'on voit Ben Grimm inanimé par terre et Red Richards effondré par les paroles de l'impétueux Johnny Storm et par la "mort de Ben".

Un autre épisode marquant dans la vie de la Chose, c'est sa découverte d'un autre univers alternatif à la suite d'une erreur de téléportation effectuée par Gueule d'Or, le gros chien des Inhumains (cf. dernière partie de l'album des FANTASTIQUES n°19). La Chose affronta dans des décors temporels différents des robots de Red Richards jouant le rôle de vilains. A la fin, la Chose se retrouve face à une autre Chose qui s'avère être Red Richards.

Dans cette dimension, c'était Red Richards qui était la Chose, préférant s'isoler du reste du monde, et Ben Grimm avait hérité des pouvoirs de M. Fantastic et avait épousé ... Susan Storm ! A son retour sur Terre, Benjamin Grimm, qui avait vu l'une des premières alternatives de l'univers Marvel, semblait plus satisfait de son sort.

Les créateurs des Fantastiques étaient Stan Lee et Jack Kirby. A l'époque où je lisais LES FANTASTIQUES et STRANGE, Stan Lee était considéré comme le "Homère du XXème siècle". Personne comme lui ne pouvait réaliser des histoires à la fois spectaculaires et tragiques, et d'autres scénaristes lui ont succédé pour continuer les histoires des super-héros Marvel en respectant ce style propre à la maison Marvel.

L'un des faits les plus tragiques restera, je pense, la mort de Gwen Tracy, petite amie de Peter Parker, dans SPIDER-MAN (ou L'ARAIGNEE) qui avait troublé la plupart des lecteurs de STRANGE (précisément le n°104).

Plus tard, j'ai su que Jack Kirby avait fait, avant LES FANTASTIQUES, LES CHALLENGERS DE L'INCONNU pour DC Comics. Stan Lee s'était associé avec Jack Kirby pour relancer une sorte de "challengers de l'inconnu", mais à sa manière.

Plus qu'un groupe, une famille avec ses problèmes que tout humain traverse. Bien sûr, j'ai pu découvrir les premiers épisodes des Fantastiques en récupérant les premiers albums des FANTASTIQUES avec des rencontres extraordinaires avec les Inhumains, le Surfer d'Argent et Galactus, mais aussi d'autres moments merveilleux propres à toute famille comme le mariage de Red Richards et de Susan Storm et la naissance de Franklin, leur premier enfant. Il y avait bien avant les albums les petits formats FANTASK et MARVEL, où les Fantastiques sont apparus pour la première fois en France.

En discutant avec d'autres fans des Fantastiques de ma génération ou plus vieux, j'ai su que le premier FANTASK a été comme une révélation, un grand succès. J'ai vu dans leurs yeux que ça leur rappelait de très bons moments. Le succès des Fantastiques en France était sûrement lié au très bon travail de traduction des éditions Lug. Ils ont su transmettre un certain esprit qui était présent dans cette série. Sans oublier les dialogues qui étaient très bons.

Savoir remplacer le cri de bataille de la Chose ("It's clobbering time") en "Ca va chauffer" était ingénieux. Difficile d'arriver à ce niveau quand on voit les éditions actuelles.

Après Stan Lee, Roy Thomas avait réalisé d'autres épisodes des 4 FANTASTIQUES. Je les lisais dans NOVA qui publiait les épisodes des Fantastiques à compter du n°28, puis il y a eu deux épisodes par mois, afin de rattraper le décalage avec l'édition américaine (il y avait un retard de plus de sept ans).

Il y a eu le retour d'anciens ennemis : Galactus, Annihilus, etc. puis des nouveaux ennemis. John Buscema y réalisa de belles planches. En quelques traits, il rendit Susan (Sue en v.o.) Richards ravissante, son mari Red soucieux, fatigué ou heureux. Ses personnages étaient très expressifs dans ses dessins. John Buscema avait un certain style majestueux que j'aimais voir. Peut-être j'étais influencé par les dessins d'Alex Raymond, dont le style de John Buscema était proche, lorsque je découvrais Guy L'Eclair (FLASH GORDON) dans LE JOURNAL DE MICKEY.

Même la Chose était expressif dans son regard bleu azur sous ses sourcils de pierre. Il était un très bon successeur à Jack Kirby. Je ne néglige pas d'autres dessinateurs talentueux comme Rich Buckler ou George Perez qui débutait à cette époque. Sans oublier un épisode qui se passait durant Noël et qui était dessiné par une femme, Ramona Fradon.

Mais John Buscema reste l'un des dessinateurs favoris des FF. LE SURFER D'ARGENT restera sans doute son chef d'œuvre pour de nombreux fans, mais on ne doit pas négliger son travail sur d'autres séries comme THOR, LES VENGEURS ou CONAN.

Dans les années 1980, je découvrais les comics en version originale et j'achetais pour la première fois un FANTASTIC FOUR. C'était un épisode réalisé par Doug Moench et Bill Sienkiewicz qui ne m'avait pas emballé à cette époque. Je ne savais pas que plus tard Bill Sienkiewicz sera plus reconnu pour son travail dans MOON KNIGHT et NEW MUTANTS (Les Nouveaux Mutants dans TITANS) ni même que Doug Moench signa d'excellents scénarios dans MASTER OF KUNG-FU (« Shang-Chi, Maître du Kung-Fu » publié dans ECLIPSO) et BATMAN.

En plus du comic-book américain, j’avais trouvé une édition anglaise en petit format, FANTASTIC FOUR Pocket Book, relatant les histoires en noir et blanc du duo Stan Lee-Jack Kirby, ainsi qu’un autre comic-book, MARVEL’S GREATEST HEROES, réimprimant les meilleures histoires des Fantastiques avec de nouvelles couvertures signées par de grands artistes.

Heureusement sur le comic-book FANTASTIC FOUR, John Byrne démarra dès le #232 et y réalisa des épisodes remarquables. L'épisode remémorant le vol spatial qui transforma à jamais les quatre astronautes ; un autre épisode où le docteur Doom (ou Fatalis en v.f.) contrôla une ville miniature avec les 4 Fantastiques comme habitants et sans pouvoirs ; l'arrivée de Miss Hulk dans l'équipe ; d'autres ... sans oublier le FF #287 avec sa couverture originale et son histoire, qui relata le retour tant attendu du Docteur Doom, réalisée par John Byrne et l'encreur de plus de deux cents histoires des FF, Joe Sinnott. John Byrne resta sur les 4 Fantastiques pendant une soixantaine d'épisodes.

Ensuite, Roger Stern remplaça John Byrne pour réaliser des épisodes plutôt nostalgiques dessinés par John Buscema et encrés par son frère Sal avec le mariage de Johnny Storm et d'Alicia Masters avec Ben Grimm comme témoin, le retour du Puppet Master (Maître des Maléfices) qui voulut empêcher ce mariage et celui du Sorcier.

Quand Steve Englehart reprit le flambeau, la série n'était pas dans leur meilleur niveau. Englehart, que j'avais trouvé très bon sur CAPTAIN AMERICA et les Vengeurs, ne se sentait pas à l'aise sur cette série. J'avais arrêté de lire les Fantastic Four lorsque j'ai vu la Chose se transformer en une créature plus hideuse. C'était trop.

Puis j'ai repris quelques années plus tard avec les épisodes de Walter Simonson et d'Arthur Adams, ensuite il y a eu la nouvelle équipe de Tom DeFalco et de Paul Ryan. Et c'était reparti pour de nouvelles aventures extraordinaires pour la plus célèbre famille de super-héros. L'une des histoires qui m'avait marqué, c'était la disparition de Reed Richards avec son ennemi juré, Doc Doom. Et cette disparition avait duré de nombreux épisodes.

Parfois, l'équipe des Fantastiques, à la recherche de Reed dans d'autres univers, semblait le retrouver, mais c'était une fausse piste. Ca avait duré de nombreux épisodes. Bien sûr, à la fin, Reed Richards revenait pour de bon.

Toujours pareil, j'arrêtais la série, et je reprenais lors d'une nouvelle équipe de scénariste/dessinateur. C'était le cas lorsque la série avait redémarré dès le n°1, avec Chris Claremont au scénario (ça le changeait des X-Men) et Alan Davis aux dessins, remplacé au bout de trois numéros par Salvador Larrocca. Une fois de plus, quelques bons épisodes. Par exemple, le mariage de Sue Richards avec le docteur Doom (en réalité, Reed Richards "coincé" dans son armure), le retour de Namor pour conquérir le cœur de Sue, l'arrivée de Valeria Von Doom, venue du futur, dans le quatuor (une transposition de Kitty Pryde des X-Men dans l'univers des FF).

Puis, il y a eu encore d'autres artistes, et j'ai arrêté à nouveau la série qui avait repris sa numérotation d'origine, malgré les noms de Carlos Pacheco, Adam Warren, Mark Waid et Mike Wieringo. Sûrement j'ai raté ou oublié de mentionner d'autres épisodes importants des FANTASTIC FOUR, mais, sur les 44 années d'existence du titre, j'avais déjà lu un grand nombre d'épisodes.

Ces dernières années , j'achetais quelques numéros au hasard pour voir comment l'équipe des FF évoluait. Et enfin ce numéro signé Jan Michael Straczynski et Mike McKone qui rappelait de bons moments. Les meilleurs moments avec lesquels j'ai grandi.

 

Franck ANGER (10/12/2005)

Origine images : http://www.comicsvf.com ; http://www.milehighcomics.com


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